Interview de Maé-Bérénice Méité

(patinage artistique)

A 24 ans, Maé-Bérénice Méité compte deux participations aux Jeux Olympiques, à Sotchi en 2014 et à Pyeongchang en 2018. Alors qu’elle vient de finir sa saison, la porte-drapeau de la délégation française aux Universiades a gentiment accepté de répondre à nos questions.

Maé-Bérénice, tu as été en mars la porte-drapeau de la délégation française lors des Universiades de Krasnoyarsk 2019. Peux-tu nous raconter comment tu as vécu ce rôle ?

C’était un honneur d’être choisie en tant que porte-drapeau. En effet, ils auraient pu choisir n’importe qui sur toute la délégation ! C’était une marque de reconnaissance et de remerciement. J’ai eu plein d’émotions. C’était une superbe expérience et c’était vraiment cool !

Quel regard portes-tu sur cette saison, au cours de laquelle tu as notamment été quatrième des Universiades et septième des Championnats d’Europe ?

C’était une saison très enrichissante sur le plan personnel. Je me suis battue pour revenir à un certain niveau et par rapport à des blessures que j’avais eues les années précédentes. Je me suis aussi énormément battue psychologiquement pour redevenir un peu la guerrière que j’étais autrefois et pour passer un cap psychologique par rapport à des doutes qui s’étaient ancrés en moi pour diverses raisons. Je me suis battue comme j’ai pu, avec les armes que j’avais sur le moment et je suis vraiment satisfaite de ça. Je suis contente de sentir que j’ai grandi dans mon patinage et dans mon expression. Je veux continuer sur cette lancée pour que ça aboutisse à quelque chose par la suite.

En 2014, tu as participé à tes premiers Jeux Olympiques à Sotchi et tu as pris la dixième place. On imagine que tu en gardes des bons souvenirs ?

Je n’avais pas spécialement d’objectifs à Sotchi. J’y suis allée en me disant que j’allais faire le travail et que je verrai après ce que ça donnerait. C’est sûr que c’est toujours bien d’avoir une belle dixième place. Sinon, les Jeux Olympiques étaient magiques ! On avait une super équipe et un super village. Tout était bien et c’était une superbe expérience.

Lors des Jeux Olympiques de Pyeongchang en 2018, tu as terminé dix-neuvième. Quel regard portes-tu sur cette performance ?

A Pyeongchang, le fait d’être dix-neuvième était décevant pour le commun des mortels. Mais pour moi, ça ne l’était pas du tout parce que je me suis battue pour avoir cette place. Je n’étais pas allée aux Championnats du monde qui permettaient d’obtenir un quota pour le pays. Il fallait que je fasse mes preuves à bien des niveaux. Personnellement, être à Pyeongchang était déjà une grande étape. Passer le programme court était une deuxième grande étape, car le niveau était plus élevé qu’aux Jeux précédents. C’était un grand accomplissement pour moi.

Lors de ces Jeux Olympiques de Pyeongchang, tu as fait le buzz avec ta tenue et le fait de patiner sur des chansons de Beyonce. As-tu été surprise par les réactions positives que cela a engendrées sur les réseaux sociaux ?

Oui, c’était plutôt cool ! Je ne m’attendais pas à un tel engouement. C’était sympa de lire tous les articles, de voir qu’on parlait un peu du patinage et d’être mise un peu en lumière.

Jusqu’à présent, tu as participé à deux Jeux Olympiques : Sotchi 2014 et Pyeongchang 2018. Sur quelle édition t’es-tu sentie la plus à l’aise ?

Je dirais sur les premiers, à Sotchi. En effet, je suis arrivée sur mes deuxièmes Jeux Olympiques avec une blessure au genou. Cette blessure m’a préoccupée les quatre années suivant Sotchi. Ce n’était pas facile de s’entraîner avec un handicap assez conséquent. Ma seule préoccupation à Pyeongchang était de ne pas me faire mal et de « survivre » à la douleur pour pouvoir espérer patiner à peu près correctement. Sotchi était donc plus facile.

Depuis 2009, tu as été cinq fois championne de France, cinq fois vice-championne de France et une fois troisième. Es-tu particulièrement fière de cette régularité ?

Oui, c’est plutôt pas mal. Je vais essayer de poursuivre autant d’années que possible sur cette lancée ! En espérant continuer sur la première marche, c’est mieux !

Au patinage artistique, l’aspect psychologique est primordial. As-tu une préparation mentale spécifique ?

Je travaille avec une préparatrice mentale. En général, elle me dit : « il faut que tu reproduises en compétition exactement la même chose que ce que tu fais à l’entraînement ». Quand on arrive en compétition, on a tendance à faire des choses en extra, à vouloir faire plus ou vouloir montrer plus. Ce sont des extras qu’on ne fait pas dans la vie de tous les jours. Elle me dit : « pourquoi tu veux changer ta routine ce jour-là alors que d’habitude, ce n’est pas ce que tu fais ? ». J’ai appris à me connaître. J’ai découvert que la routine était la clé d’une réussite plus constante et plus fiable, plutôt que d’essayer de faire plus ou moins que ce que je devrais. C’est toujours un travail sur la continuité. Même quand on pense qu’on a compris, il y a des jours où il y a une petite baisse. Mais de façon plus générale, c’est quand même plus stable.

Tu penses déjà aux Jeux Olympiques de Pékin de 2022, ou bien tu prends année après année ?

C’est mon but ultime ! Mais je prends année après année. Il faut toujours avoir une grande image, et une petite image qui te permet d’arriver à la grande !

Merci beaucoup Maé pour ta gentillesse et ta disponibilité ! Bonne chance pour la suite de ta carrière !

Crédits photos : AFP (photo 1) et L’Equipe (photo 2)

La carrière de Maé-Bérénice Méité en quelques lignes :

Maé-Bérénice Méité monte pour la première fois sur le podium des Championnats de France en 2009, à l’âge de 14 ans. En 2011, elle termine 9e de ses premiers Championnats d’Europe et 14e de ses premiers Championnats du monde.

Lors des Jeux Olympiques de Sotchi en 2014, elle prend la 10e place. Elle prend des places d’honneur à la fois aux Championnats d’Europe (5e en 2014, 6e en 2015 et en 2016) et aux Championnats du monde (11e en 2013, 10e en 2015).

Sélectionnée pour les Jeux Olympiques de Pyeongchang 2018, elle termine 19e de l’épreuve. En 2019, elle est désignée porte-drapeau de la délégation française lors des Universiades de Krasnoyarsk. Elle finit 4e de ces Universiades et 7e des Championnats d’Europe. Aujourd’hui âgée de 24 ans, Maé-Bérénice Méité compte 5 titres de championne de France.