Interview de Marie Martinod

(ski freestyle)

Marie Martinod a remporté cette année le classement général de la Coupe du monde, les X Games d’Aspen ainsi que la Coupe du monde pré-Olympique de Pyeongchang. Vice-championne Olympique en 2014, elle peut rêver d’un nouveau podium l’année prochaine aux Jeux Olympiques. Entretien.

Marie, tu as remporté les  X Games d’Aspen pour la première fois de ta carrière en janvier ainsi que la Coupe du monde pré-olympique de Pyeongchang en février. On imagine que cela te donne une grande confiance et une grande motivation à moins d’un an des Jeux Olympiques ?

Pas du tout ! (rires) Une grande motivation, oui, mais une grande confiance, pas du tout ! Je pense vraiment que chaque course est différente. Même j’arrive à rester constante, il y a la variable des autres, qui peuvent évoluer et progresser. La donne sera clairement redistribuée l’année prochaine à Pyeongchang !

Tu es devenue vice-championne Olympique à Sotchi en 2014. Raconte-nous un peu comment tu as vécu la finale de l’intérieur ?

J’avais gagné les qualifications. Il y avait ensuite une heure de pause, puis les finales. Pendant l’heure de pause, j’ai eu beaucoup de mal à gérer l’attente. C’était insupportable. Je ne suis pas très patiente !

Lors des runs de finale, j’étais sur une autre planète. J’essayais d’être vraiment concentrée sur ce que j’avais à faire techniquement et je pense que c’est ce qui m’a sauvée. J’ai juste pensé à ce que j’avais à faire sur chaque trick, à suivre les consignes précises. Le fait de penser à la technique m’a sortie de l’enjeu. Il n’empêche que j’avais quand même les jambes en coton !

C’étaient les premiers Jeux, donc je ne connaissais pas l’engouement et les choses qui allaient se passer derrière. Maintenant, je sais ce que c’est d’être médaillée et je sais ce que ça implique. L’année prochaine, il va falloir faire abstraction de tout ça et faire aux JO une compétition comme une autre, le plus simplement possible.

Quel est le moment qui a été le plus intense en émotions pour toi : lorsque tu as fini ton premier run de finale, lorsque tu as appris que tu étais médaillée ou bien lorsque tu es montée sur le podium ?

J’étais tellement concentrée que j’ai eu du mal à sortir de cette bulle dans laquelle je m’étais mise mentalement. Je n’ai donc pas vraiment eu d’explosion de joie. Beaucoup de sportifs pleurent et ont une grande émotion quand ils gagnent. Mais moi, je n’arrivais pas à sortir de cette concentration. S’il avait fallu que je remonte faire un run, j’aurais pu le faire, tellement j’étais encore dans la compétition.

La remise des médailles, c’était fou ! C’était le lendemain, à Sotchi. Juste avant nous, il y avait la remise des médailles du patinage artistique et c’est une Russe qui avait gagné. Il y avait un monde sur le parvis ! Je n’avais jamais vu autant de gens de ma vie ! On s’est pris pour Mick Jagger ! C’était monstrueux !

Mais j’essaie toujours de laisser les choses à leur place. Le sport est une partie de ma vie, mais j’ai bien d’autres choses à côté ! C’est ce qui fait que je me sens bien.

Il s’agissait de la première participation du ski halfpipe aux Jeux Olympiques. As-tu senti cette magie souvent décrite par les sportifs ?

Oui. C’étaient vraiment des Jeux particuliers pour deux raisons. D’abord, il manquait chez les filles l’athlète qui avait le plus œuvré pour que ces Jeux arrivent : la Canadienne Sarah Burke, qui est décédée un an avant les Jeux. Et ensuite, comme c’était les premiers Jeux, il n’y avait pas de différence entre les athlètes qui y auraient déjà participé et auraient de l’expérience, et ceux qui n’en auraient pas. Tout le monde était à la même enseigne. On découvrait tous ça. C’était fou !

Mis à part ta médaille, quels souvenirs gardes-tu de ces Jeux Olympiques de Sotchi ? Tu as pu aller voir les autres épreuves ?

Pas du tout ! L’idée, c’était de ne pas aller au Jeux pour être spectateur mais pour être acteur. Je me suis donc bien gardée d’aller voir les autres. On a regardé les épreuves à la télévision, là où on logeait. Aller voir d’autres épreuves peut être fatiguant : tu te déplaces, tu restes debout… Je suis juste allée voir le slopestyle parce que c’était en journée et largement avant notre course. Mais à partir du moment où on est entré dans les trainings, trois jours avant, je ne suis plus rien aller voir.

Notre compétition était la deuxième semaine. On est arrivés la deuxième semaine et on n’a donc pas fait la cérémonie d’ouverture. Et après, quand tu remportes une médaille, tu es rapatrié sur Paris très vite car il faut aller faire la tournée des médias en France. J’étais donc dans l’avion dès le lendemain et je n’ai pas participé à la cérémonie de clôture. Je n’ai finalement pas vu grand-chose de ces Jeux !

Tu as arrêté ta carrière en 2006, avant de revenir lors de la saison 2011-2012. Lors de ton retour, as-tu senti que ta discipline avait changé ? Qu’est-ce-qui t’as le plus surprise lors de ton retour ?

Le professionnalisme. Le sport avait vraiment changé. J’avais quitté un sport freestyle avec des gens un peu farfelus, qui aimaient la fête. C’était la création de la discipline, c’était un peu euphorique. Je suis revenue avec un sport accompli et des vrais athlètes, qui font un entretien physique à l’intersaison, qui font du vélo pour récupérer après l’entraînement… On n’était plus du tout dans le même milieu !

Tu es Maman d’une petite fille née en 2009. Cela est-il difficile de gérer le sport de haut niveau et la vie de Maman ? Comment t’organises-tu ?

J’ai une super Maman et un super mec ! A eux deux, ils arrivent très bien à gérer mes déplacements. Si je vois les choses du bon côté, je suis certes souvent absente l’hiver, mais je suis toujours là à l’intersaison. Par rapport à une femme qui a un travail, qui part tous les jours à 8h du matin et qui rentre à 19h, j’ai l’avantage entre avril et novembre de récupérer ma fille à midi, de l’amener à l’école, de l’emmener faire ses activités extra-scolaires… Je peux caller mon entraînement physique quand elle est à l’école et du coup je suis très disponible pour elle le reste du temps. Je pense qu’au final, je suis plutôt avantagée par rapport à une femme qui a un travail classique et un enfant. Je m’en sors bien !

Tu as eu une saison blanche en 2015 suite à une blessure et tu as perdu tes deux sponsors principaux en 2016. As-tu un moment songé à tout arrêter ?

Oui ! J’ai pleuré dans les bras de mon coach. Lors de la saison blanche, je me suis blessée au genou en début de saison et c’était compliqué de revenir. Je n’ai pas fait de podium de la saison, mais mes sponsors m’ont suivi. On a donc refait une saison, qui était l’année dernière, et j’ai réussi à remonter sur les podiums au milieu de l’hiver. J’ai alors annoncé à mon entraîneur que j’allais arrêter. Le halfpipe est une question de confiance et d’engagement, et je n’arrivais pas à ne plus avoir peur. Je me posais beaucoup de questions. Je voyais les autres qui faisaient bien mieux et je me suis dit que ce n’était peut-être plus pour moi. Et au moment où je pensais arrêter, où je voulais profiter car cela serait bientôt fini, j’ai recommencé à bien skier. A la fin de l’hiver, j’avais réalisé deux ou trois podiums de suite et mon entraîneur m’a dit : « Alors, on fait quoi ? Tu es certaine que tu veux arrêter ? ». J’ai décidé de continuer car les Jeux étaient dans deux ans. Et c’est alors que mes sponsors m’ont lâchée ! Je me suis dit que c’était un nouveau challenge, qu’on allait trouver des solutions et qu’il n’y avait pas de raison que ça se passe mal. J’ai bien fait !

Dans un an auront lieu les Jeux Olympiques de Pyeongchang. Comptes-tu mettre un terme à ta carrière juste après les Jeux ou tu pourrais continuer encore un peu ?

Non, là, par contre, c’est sûr que j’arrêterai. Après les Jeux, il y aura une dernière Coupe du monde à Tignes et je terminerai là-bas. Si ça se finit correctement, j’aurais quand même eu la chance d’avoir une carrière sans trop de blessures. J’ai pas mal de copines abimées, notamment au niveau de la tête. Si je peux donc finir sans avoir les problèmes qu’elles ont, je serais contente ! On fait un sport dangereux et les chutes ne pardonnent pas. J’aurais quand même déjà de la chance d’aller jusqu’à 33 ans dans ce sport aussi exigeant.

Merci beaucoup Marie pour ta gentillesse et ta disponibilité ! En te souhaitant le meilleur pour la suite !

La carrière de Marie Martinod en quelques lignes :

Spécialiste du ski halfpipe, Marie Martinod remporte le classement général de la Coupe du monde en 2004. En 2006, elle termine 3e des X Games d’Aspen. Elle met ensuite un terme à sa carrière à l’âge de 23 ans.

Elle reprend le haut niveau lors de la saison 2011-2012. Elle remporte les X Games de Tignes en 2013. Elle est sélectionnée pour les Jeux Olympiques de Sotchi en 2014, qui marquent la première apparition du ski halfpipe au programme Olympique. Elle se distingue en obtenant la médaille d’argent.

En 2017, elle remporte les X Games d’Aspen et s’impose au classement général de la Coupe du monde grâce notamment à 3 victoires dans la saison. Aujourd’hui âgée de 32 ans, Marie Martinod vise une nouvelle médaille Olympique l’année prochaine à Pyeongchang.

Pour en savoir plus sur Marie, consultez son site internet www.mariemartinod.com ou suivez la sur les réseaux sociaux (@mariemartinod) : Facebook; Twitter et Instagram.