Interview d’Ophélie David

(skicross)

Spécialiste du skicross, Ophélie David est au sommet de sa discipline depuis plusieurs saisons. Vainqueur cette année pour la septième fois consécutive du classement général de la Coupe du monde de skicross et pour la quatrième fois de suite des X Games, elle a en revanche chuté lors des quarts de finale des JO de Vancouver. Entretien avec une sportive attachante au palmarès impressionnant.

Ophélie, au cours de la dernière saison de skicross, tu as remporté les X Games et le classement général de la Coupe du monde de la spécialité. Ces deux trophées te consolent-ils de la déception des Jeux Olympiques, où tu as été éliminée en quarts de finale ?

« J’ai attaqué l’hiver avec trois objectifs… Sur les trois, j’en remplis deux, le bilan est donc positif. Mais le paradoxe, c’est que j’ai loupé LA course qui cristallise l’attention des medias et du grand public, donc pour beaucoup de personnes il serait normal d’affirmer que j’ai fait une mauvaise saison… Bien sûr, ce n’est pas si simple ! Mon sentiment est donc partagé : j’ai fait une très belle saison, avec de belles bagarres et de la régularité, tout en ayant vécu l’un de mes plus grands échecs sportifs ! »

Penses-tu que le fait d’avoir été présentée comme la favorite de l’épreuve des JO t’as porté préjudice ?

« Franchement, non. Je savais que je devrais porter cette étiquette et j’étais prête. Je pensais même que ce serait plus contraignant avec beaucoup d’interviews et de temps à consacrer aux médias ! Le ski X est une discipline où la part de hasard et de chance est importante. On essaie toujours de la minimiser, de contrôler les aléas… Mais il faut être honnête, des fois c’est raté, et des fois, l’athlète se loupe, il vit des jours sans… Tout simplement comme dans la vie normale de tous les jours ! »

Mis à part ta compétition, quels souvenirs garderas-tu de ces Jeux Olympiques de Vancouver ?

« Tout d’abord, la cérémonie d’ouverture ! Quelle joie et quelle chance d’entrer dans le stade ! C’était vraiment la classe ! Et c’était immense, et beau, et tout, et tout… J’étais comme une petite fille qu’on emmène au cirque ! Avec des étoiles et des feux d’artifices tout autour !

Ensuite, pendant une semaine, nous étions en entraînement à plusieurs heures de Vancouver alors j’ai regardé les épreuves à la télé, comme si les JO se déroulaient de l’autre côté du globe… C’était assez étrange.

Puis, il y a eu la course des garçons… Et là, c’était franchement frustrant de ne pas pouvoir être avec eux sur la piste (calendrier serré). Enfin, notre épreuve, je voulais la vivre pleinement, et même si je suis tombée et que bien sûr la désillusion était grande, je peux affirmer avoir eu une journée incroyablement riche en émotions et en belles preuves d’amour et d’amitié. »

En 1994, tu avais déjà participé aux Jeux Olympiques : c’était à Lillehammer, en ski alpin sous les couleurs de la Hongrie. Comment avais-tu vécu cette édition à l’époque ?

« J’ai très bien vécu ces JO en 1994, car j’y étais vraiment pour participer : aucun stress, simplement du plaisir et le bonheur de voir « en vrai » les grands champions de ski que je regardais sur Eurosport ! Avec la Hongrie, on était resté au village olympique le mois entier des Jeux alors, à la fin, on était comme a la maison ! J’en ai de bons souvenirs ! »

Quel est le meilleur souvenir de ta carrière à ce jour ?

« C’est difficile, car forcement, il y en a plusieurs ! Mais peut-être que le plus intense fut aux X Games, lorsque Méryll et Valentine étaient à mes côtés sur le podium (en janvier 2007, Méryll Boulangeat, troisième et Valentine Scuotto, deuxième derrière Ophélie David, ndlr). Trois Françaises ! Du jamais vu ! Et pour moi une victoire ! Trop bien, quoi ! »

Tu es maman d’une petite fille, Lilou. Comment gères-tu le fait de devoir être éloignée d’elle à cause des compétitions ? N’est-ce pas trop difficile ?

« En fait, c’est surtout ma famille qui gère mes absences ! Mon mari, ma belle-mère et mes parents forment une super équipe qui s’organise pour que Lilou ne pâtisse pas trop de mes départs en course. Mais c’est le plus difficile, entre le sentiment de culpabilité et le manque, la liste des moments durs est longue. Mais nous vivons aussi des très beaux moments grâce à mon rythme de vie et à ce qu’il apporte, alors ça contrebalance un peu ! De plus, Lilou est habituée maintenant, elle est grande et comprend mieux. Nous discutons beaucoup, à cœur ouvert, elle sait qu’elle fait partie de cette aventure et que j’ai besoin d’elle tout comme elle de moi… Une vraie équipe ! »

Tu as actuellement 33 ans. Comment vois-tu ton futur ? As-tu déjà planifié une date pour arrêter ta carrière et as tu des idées de reconversion ?

« Pas de date de planifiée pour annoncer ma retraite. Aujourd’hui, je peux affirmer que je pars pour deux années de compétition. Pour la suite, soit je continue encore deux ans jusqu’aux Jeux de Sotchi, soit j’arrête, et honnêtement, je n’ai pas de plan de carrière de prévu… J’ai pour philosophie de dire que lorsque tu restes ouvert aux opportunités, elles se présentent à toi à point ! Alors j’espère que ma bonne étoile et que mon parcours me permettront de vivre encore de belles choses ! »

Merci beaucoup Ophélie pour ta gentillesse et bonne chance pour la saison prochaine !

La carrière d’Ophélie David en quelques lignes :

Ophélie David débute sa carrière en ski alpin, et représente notamment la Hongrie (pays de son père) lors des Jeux Olympiques de Lillehammer, en 1994, où elle abandonne en slalom et en combiné.

Lorsque le skicross naît véritablement en 2003, elle débute une carrière impressionnante. Après une première victoire en Coupe du monde en 2004, elle remporte sept fois de suite le classement général de la Coupe du monde de skicross (de 2004 à 2010). Elle gagne également trois fois le gros globe de cristal, décerné au vainqueur du classement général de la Coupe du monde de ski freestyle (en 2006, 2008 et 2009). Après une médaille de bronze en 2005, elle devient Championne du monde en 2007. Le palmarès d’Ophélie David est également marqué par ses quatre victoires aux prestigieux X Games (de 2007 à 2010).

En février 2010, elle dispute les Jeux Olympiques de Vancouver, mais une chute en quarts de finale la prive de son rêve de sacre olympique : elle se classe 9e. Elle remporte toutefois les X Games et le classement général de la Coupe du monde de skicross cette même saison. Actuellement, Ophélie David compte 22 victoires en Coupe du monde.

Pour en savoir plus sur Ophélie, visitez son site officiel : opheliedavid.fr