Interview de Vincent Jeanne

(short track)

Vincent Jeanne a remporté en début d’année la médaille de bronze des Championnats d’Europe de short track. De bon augure pour la suite, avec bien sûr les Jeux Olympiques de Pyeongchang 2018 pour objectif. Entretien.

Vincent, tu as disputé les Championnats du monde en mars à Séoul, en Corée du Sud. Es-tu satisfait de tes performances lors de ces Mondiaux ?

Je n’ai pas été très bon en Corée du Sud. J’ai eu des problèmes avec la glace et j’ai eu du mal à m’y adapter. Du coup, lors des qualifications le premier jour, je n’ai pas passé les premiers tours. Sur 500 mètres, je suis tombé. Comme j’ai raté les qualifications, j’ai dû me battre pour les courses de classements vers la fin du tableau. Cela n’a donc pas été terrible pour moi !

En janvier, tu as remporté la médaille de bronze lors des Championnats d’Europe. C’était pour toi une bonne surprise ou bien un objectif affiché en arrivant ?

C’était une bonne surprise ! L’année dernière, j’avais fini dix-neuvième. Mon objectif était de réaliser des top 10. Décrocher la médaille a été un plus pour moi. Je savais que j’avais progressé.

Pour remporter cette médaille de bronze au général lors de ces Championnats d’Europe, tu as remporté la course du 3000 m. Raconte-nous un peu comment tu as vécu cette course ?

Je savais que c’était faisable de grimper sur le podium mais il ne fallait pas que le Hollandais fasse mieux que quatrième. Comme c’était le champion du monde en titre et qu’il avait gagné le 3000 m  aux Championnats du monde l’année dernière, les probabilités n’étaient pas avec moi ! Mais avec Sébastien (Sébastien Lepape, son coéquipier en équipe de France, ndlr), on a fait ce qu’il fallait. J’ai gagné le 3000 m et j’ai terminé troisième au général, quatre points devant le Hollandais.

En 2014, tu n’as pas pu participer aux Jeux Olympiques de Sotchi. Cela reste-t-il un grand regret ou bien tu te dis que tu étais jeune et que c’était un peu tôt ?

C’est quand même un regret. Je m’en veux à moi-même. J’étais dans l’équipe du relais et je me contentais un peu de ce relais, sans aller vraiment chercher les qualifications en individuel. C’est vrai que j’étais encore jeune, mais il n’y avait pas beaucoup d’écarts entre le troisième qui est allé à Sotchi et moi. C’est un regret, mais ça m’a poussé cette année à ne pas me fixer de limite. Je veux aller aux prochains Jeux Olympiques !

De l’extérieur, on peut penser que le short track est un sport assez aléatoire avec des chutes assez fréquentes. N’est-ce-pas frustrant de s’entraîner dur toute l’année et de risquer une chute à tout moment ?

C’est vrai que c’est frustrant. Mais un jour, les deux premiers tombent et tu te qualifies, et le lendemain, c’est toi qui es dans les deux premiers et qui tombes. C’est un peu chacun son tour et c’est ce qui fait le short track ! C’est compliqué d’être performant tout le long. Quand on arrive en compétition, qu’on soit outsider ou leader, on sait qu’on peut aller chercher la médaille. Je trouve ça plus intéressant. Ce sont vraiment des courses tactiques, techniques et physiques. J’aime vraiment ça. Chez les patineurs qui sont dans leurs couloirs, ce sont souvent les mêmes résultats. Chez nous, c’est du spectacle à chaque fois !

Parlons un peu des conditions d’entraînement en France. Les infrastructures sont-elles suffisantes pour jouer les premiers rôles ?

Au niveau des infrastructures, on est plutôt pas mal. On est à Font-Romeu et tout est accessible à cinq minutes : salle de musculation, kiné, université, patinoire… Par contre, je pense que c’est plus au niveau de notre encadrement que l’on est encore un peu faible. On a des bons coaches et des bonnes personnes autour de nous mais il nous manque peut-être un préparateur mental, un préparateur physique, un assistant pour le coach… On a un médecin, un kiné, un coach et notre coordinateur, ce qui fait quatre personnes pour nous accompagner. Le Canada, la Chine ou la Corée ont huit ou neuf personnes dans le staff. Je pense qu’il nous manque aussi quelque chose dans la préparation mentale. On a du mal à se voir gagner, étant donné que ce n’est pas un sport où on a eu de grande réussite sur des grands rendez-vous. On arrive à s’en sortir sur des Championnats d’Europe ou parfois en Coupes du monde, mais il faut vraiment qu’on arrive à progresser dans les grands rendez-vous.

Les Jeux Olympiques de 2018 auront lieu à Pyeongchang, en Corée du Sud. La Corée étant un pays qui apprécie particulièrement le short track, on imagine qu’y participer serait un grand moment pour toi ?

C’est vrai que le patinage de vitesse est toujours un grand rendez-vous en Corée. Depuis toujours, les Coréens remportent des médailles en short track. Dès qu’on arrive au Canada, aux Pays-Bas, en Chine ou en Corée, les patinoires sont remplies. Ce serait cool qu’il y ait un jour le même engouement en France pour le short track !

Tu t’entraînes et tu es licencié dans le même club que Sébastien Lepape. Qualifier le relais aux Jeux Olympiques vous tient particulièrement à cœur ?

Oui. On vient du même club, on se connaît depuis qu’on est tout jeune, on s’entraîne ensemble, on s’apprécie beaucoup. Cette amitié est aussi un plus quand on s’entraîne. Aller aux Jeux ensemble serait cool ! En plus, y aller avec le relais permettrait d’emmener une équipe avec nous. Ça nous permettrait d’être plus en confiance !

Merci beaucoup Vincent et bonne chance pour la suite de ta carrière !

La carrière de Vincent Jeanne en quelques lignes :

Vincent Jeanne intègre l’équipe de France de short track en 2011. Il participe à ses premiers Championnats d’Europe en 2011.

En 2015, il participe aux Championnats d’Europe à la fois en individuel (19e du classement général) et en relais (5e place).

En janvier 2016, il remporte la médaille de bronze au général lors des Championnats d’Europe. Il termine aussi 4e du 1000 m. Il participe en mars à ses premiers Championnats du monde. Aujourd’hui âgé de 24 ans, Vincent Jeanne va tenter de se qualifier pour les Jeux Olympiques de Pyeongchang en 2018.