Interview de Guilbaut Colas

(ski de bosses)

Deuxième du classement général de ski de bosses depuis quatre ans, Guilbaut Colas est l’un des hommes forts de la discipline. En février dernier, il a terminé sixième des Jeux Olympiques de Vancouver. Actuellement en pleine préparation pour la nouvelle saison, il revient sur son expérience olympique et nous dévoile ses prochains objectifs.

Guilbaut, tu as participé pour la première fois de ta carrière aux Jeux Olympiques en 2006 à Turin, où tu as pris la dixième place. Quels souvenirs gardes-tu de cette grande première olympique ?

« Ca a été un grand pas dans ma carrière parce que ça m’a mis une bonne claque. Je n’avais pas encore fait de podium en Coupe du monde mais j’avais le niveau pour en faire un sur cette piste.

A l’entraînement, je me sentais bien. Aux qualifications, j’ai fini cinquième : c’était pile-poil comme il fallait pour moi. Mais en finale, je me suis un peu sous-estimé et j’en ai mis un petit peu plus que ce que j’avais toujours fait sur les Coupes du monde avant les Jeux Olympiques. Je me suis retrouvé dixième, en faisant une faute sur le deuxième saut.

Ca m’a donc mis une bonne claque et après, je me suis vraiment remis en question. Je me suis dit de faire ce que je savais faire : pas plus, pas moins. Juste après les Jeux, en Corée, j’ai réalisé mon premier podium en Coupe du monde. Ces Jeux Olympiques de Turin m’ont servi ! »

En février dernier, tu as terminé sixième des Jeux Olympiques de Vancouver. Avec un peu de recul, quel regard portes-tu sur cette performance ? Est-ce toujours une grosse déception ou bien quand même une certaine fierté d’être bien classé malgré une blessure qui a perturbé ta préparation ?

« C’est sûr que je suis déçu. Mais après, j’ai relativisé.

Déjà, je revenais de blessure. J’avais eu quatre mois de corset, durant lesquels je n’ai pas pu skier. J’ai donc eu une préparation totalement différente. Je retiens quand même des choses positives : ça m’a permis de me reconstruire d’une autre façon. Maintenant, j’ai une posture totalement différente sur les skis, ce qui me donne beaucoup plus de disponibilité et de fluidité. J’ai aussi eu le temps de faire une grosse préparation mentale. Je suis arrivé avec l’envie de skier, avec une générosité dans mon ski, avec une envie de m’exprimer au maximum et d’arriver avec la « banane » sur ces compétitions. C’est vrai que ça m’a aidé à relativiser. De toute façon, je pense déjà que sans cette blessure, je n’aurais jamais eu le niveau. J’ai passé un cap.

Sinon, j’ai gagné les deux dernières Coupes du monde avant les Jeux Olympiques. Et même lors de la Coupe du monde d’encore avant, j’ai gagné les qualifications et terminé deuxième. Je fais donc une très belle saison, même si je passe à côté de mes Jeux Olympiques !

Ce qui me frustre, c’est que j’étais bien dans la tête… J’ai gagné les qualifications mais après je suis passé à côté. C’est comme ça…

J’ai relativisé aussi parce que quand je suis arrivé en bas, la première personne que j’ai vu et qui m’a interviewé, c’est Sandra (Sandra Laoura, ndlr). Elle était en pleurs. Et quand tu vois ton amie en bas qui est assise dans un fauteuil et qui pleure pour toi, tu relativises et tu remets vite les pieds sur terre !

Donc oui, c’est sûr que c’est une déception car j’étais capable de gagner. Mais je n’en garde pas des mauvais souvenirs. J’ai passé une super journée, je me suis fait plaisir et j’ai créé du bon ski… Voilà, il y a juste eu ce deuxième saut où je suis arrivé avec un peu trop de vitesse, alors que je ne me sentais pas si vite que cela… J’étais peut-être trop bien sur les skis, mais c’est comme ça… Pour moi, j’ai fait une belle prestation en ski. D’ailleurs, les personnes que je vois ou les mails que j’ai reçus me disent que j’étais au-dessus techniquement : c’est ce que je retiens des Jeux Olympiques. Tu sais, nous, tout le monde ne nous voit que tous les quatre ans. J’appréhendais de faire un run sur la retenue pour assurer un podium. C’était vraiment ce que je ne voulais pas faire ! Je voulais m’exprimer en skis comme je l’avais fait sur les Coupes du monde d’avant. De ce côté-là, j’ai répété exactement la même chose ! »

Comment as-tu géré tes derniers moments avant ta finale olympique à Vancouver ? Raconte-nous un peu ces dernières minutes ?

« Ca a été comme d’habitude. Dans le programme de visualisation que j’avais fait cinq mois auparavant, je gagnais les qualifications et je partais dernier de la finale. C’est ce que j’ai répété sur les trois Coupes du monde avant les Jeux Olympiques, et c’est ce que j’ai fait aux JO sur les qualifications : tout ça, c’est prévu.

Après, cette dernière minute… J’attendais en haut tranquillement avec mon entraîneur. Ce sont des bons moments, parce qu’on n’attend plus que nous. Alexandre Bilodeau était en tête, donc tous les Canadiens attendaient ma descente.

Je me souviens avoir dit à mon coach : « savoure ces moments ». J’étais très cool, bien, content d’être là-haut. J’avais envie de m’exprimer sur cette piste. Après ce n’est pas passé, c’est comme ça ! Ca a été une belle expérience ! »

En 2007, tu es devenu vice-champion du monde de bosses en parallèle. Considères-tu que cela est le meilleur souvenir de ta carrière à ce jour ?

« Non, pas du tout ! Je suis perfectionniste. J’ai dix-neuf podiums en Coupe du monde et neuf victoires, mais je ne suis vraiment satisfait que d’un run : mon run de Deer Valley (aux Etats-Unis, ndlr) l’année dernière, où j’ai gagné. Parce que là, quand je me suis revu à la vidéo, ma technique de ski me plaisait. J’ai vu que j’avais une technique et un placement différents des autres. J’avais le meilleur temps, mais je voyais que j’avais encore une marge d’accélération. C’est là où je me suis dit que c’était vraiment intéressant !

Sinon, il y a eu plusieurs compétitions que j’ai gagnées mais en regardant à la vidéo, c’était à l’arraché et ma technique ne me convenait pas. Donc je retiens ce run de Deer Valley ! »

Arrives-tu à vivre du ski de bosses ?

« Oui, je vis du ski. Ca fait quand même quatre ans que je suis dans le top 2 mondial, et six ans que je suis dans le top 10, donc j’en vis correctement. Je n’assure pas mes arrières, mais j’ai de quoi profiter. Je passe des moments exceptionnels grâce à ce sport et je suis chanceux de faire ce que j’aime ! »

Ces dernières années, le ski de bosses français a été marqué par le terrible accident de Sandra Laoura, qui a perdu en 2007 l’usage de ses jambes suite à une lourde chute à l’entraînement. Suite à cet accident, as-tu un moment songé à mettre un terme à ta carrière ?

« Non. Mais ça a changé mon état d’esprit et la manière d’aborder une compétition : avec le sourire. Ca m’a aussi permis d’arrêter de me plaindre. C’est bête à dire, mais quand quelque chose n’allait pas, je pensais à Sandra et je me disais que je n’avais pas le droit de me plaindre. »

De quoi a été composé ton programme estival de cette année ?

« On a réattaqué à partir de début juin. On faisait deux jours par semaine de gymnastique et de la préparation physique à Albertville. Sinon, on avait entre trois et cinq jours de préparation physique chez nous. On est parti une semaine en Autriche pour faire un peu de water jump (sauts avec réception dans l’eau, ndlr). Après, on a passé deux fois quatre jours à Tignes pour travailler un peu sur la neige. Et puis on est parti un mois en Argentine.

La reprise des compétitions, c’est le 5 décembre. A partir du 9 octobre, on part à Zermatt (en Suisse, ndlr) pour s’entraîner. Et puis on aura encore un stage à Tignes avant la première Coupe du monde. »

Pour finir, quels sont tes objectifs à la fois à court terme et à long terme ? Envisages-tu les Jeux Olympiques de Sotchi de 2014 ?

« Mes objectifs pour l’année prochaine… Ca fait quatre ans que je cours après le globe, donc j’aimerais l’avoir. J’aimerais aussi être champion du monde à Deer Valley, sur une piste que j’aime. J’ai eu quatre victoires là-bas et une deuxième place, donc je suis capable d’aller y chercher une médaille d’or en bosses et en parallèle.

Après, c’est sûr que je vais aller à Sotchi si mon corps suit. Je suis de plus en plus motivé d’année en année. J’envisage donc d’y aller et d’essayer de me venger ! »

Merci beaucoup Guilbaut pour ta gentillesse et bonne chance pour la suite !

Crédits photos : Getty Images, Panoramic et AFP

La carrière de Guilbaut Colas en quelques lignes :

Spécialiste du ski de bosses, Guilbaut Colas participe à ses premiers Championnats du monde en 2003 (5e place) et en 2005 (4e place). En 2006, il est sélectionné aux Jeux Olympiques de Turin, qu’il termine à la 10e place. Peu après, il signe ses deux premiers podiums en Coupe du monde.

En 2007, il obtient sa première victoire en Coupe du monde et devient vice-champion du monde de bosses en parallèle. Il s’affirme comme l’un des tous meilleurs en étant quatre fois consécutivement 2e du classement général des bosses (de 2007 à 2010).

En février 2010, il participe de nouveau aux Jeux Olympiques, à Vancouver. Après avoir réalisé le meilleur temps des qualifications, il prend la 6e place de la finale. Agé de 27 ans, Guilbaut Colas compte actuellement neuf victoires en Coupe du monde.

Pour en savoir plus sur Guilbaut, visitez son site officiel : guilbautcolas.fr