Interview de Joël Chenal

(ski alpin)

Aujourd’hui, suite et fin de cette série d’interviews consacrées à des sportifs ayant marqué les dernières éditions des Jeux Olympiques d’hiver. Cette fois-ci, c’est Joël Chenal qui répond à nos questions. Médaillé d’argent lors des Jeux Olympiques de Turin, en 2006, il a arrêté sa carrière l’année dernière. Entretien.

Joël, vous avez remporté la manche de Coupe du monde d’Alta Badia en 2000. Cette victoire a-t-elle été un déclic dans votre carrière ?

« Oui, je pense ! Les quelques années d’avant, c’était de l’apprentissage, et je pense que ma première victoire, ça a été vraiment le déclic. On se sent capable, on sait qu’on peut battre les autres et qu’une fois on a été le meilleur, donc c’est sûr que pour la suite, c’est toujours mieux d’être dans cette vision-là plutôt que de rester dans une vision un peu négative quand ça ne se passe pas très bien. Mais là, c’est vrai que cette victoire, ça a lancé la suite. »

Vous avez participé à trois éditions des Jeux Olympiques : en 1998, 2002 et 2006. Avez-vous perçu une évolution dans le déroulement de la compétition ?

« Une évolution, oui. Je ne sais pas si vous vous souvenez mais avant, il y avait quasiment toutes les nations et en particulier pas mal de petites nations qui pouvaient courir, donc c’était vraiment ça, les Jeux ! Je ne sais pas comment expliquer… Il y avait les Sénégalais qui pouvaient courir, les Brésiliens… C’était un peu folklorique mais en même temps ça faisait partie des Jeux, c’était l’esprit olympique ! Et c’est vrai que depuis 1998 ou 2002, ils ont mis des quotas et ils ont sélectionné un petit peu les athlètes. Ce n’est plus comme avant et je ne sais pas si l’évolution par rapport à ça est vraiment bonne. Ca a changé et je pense qu’ils veulent vraiment qu’il n’y ait que les gens qui le méritent qui y aillent. Mais je trouve que quand il y avait par exemple un Sénégalais qui prenait le départ, on pouvait se dire que lui au moins il avait tout fait pour arriver aux Jeux Olympiques : c’était loin d’être gagné et il avait beaucoup de courage. »

En 2006, vous remportez la médaille d’argent en slalom géant lors des JO de Turin. Avez-vous l’impression d’avoir fait la course de votre vie ?

« Complètement, oui. J’étais dans un état d’esprit que je n’ai jamais connu. Ce n’est pas évident à décrire, mais ça s’est déroulé du matin jusqu’à la fin de la course. C’était comme si tout était écrit. A aucun moment je n’étais stressé, à aucun moment je n’avais peur de quoi que ce soit, et c’est vrai que ça a été une course à part. »

Parlez-nous un peu de votre période d’après médaille olympique… Vous attendiez-vous à un tel accueil de retour en France ? Cela n’a pas été trop dur de finir la saison malgré toutes les sollicitations ?

« Déjà, j’ai été vraiment bien accueilli dans ma station de La Rosière, presque comme un héros. Tout le monde avait suivi la course sur un écran géant installé au bord des pistes. Il y avait donc des milliers de personnes qui étaient là, qui avaient regardé la course, et le retour était vraiment magique ! Et puis les sollicitations, franchement, ça fait partie du travail et en ce qui me concerne, ça ne m’a jamais perturbé. Il faut faire la part des choses et c’était même agréable. Du coup, finir la saison n’a pas été trop dur : j’ai fait une bonne saison et même une bonne fin de saison. »

Avez-vous des regrets sur votre carrière ?

« Oui, des regrets, j’en ai deux. Le premier, c’est d’avoir arrêté le slalom en 2000, quand les petits skis sont arrivés. Ca m’a complètement désorienté et au lieu de persévérer, j’ai dit « ça y est, le slalom, ce n’est plus pour moi ». J’ai mis 5/6 ans à retrouver un bon niveau en slalom et d’ailleurs, il y a deux ans, je gagnais une deuxième manche de slalom. Donc ça oui, c’est vraiment un regret.

Et le deuxième regret, c’est de ne pas avoir couru les Championnats du monde de Val d’Isère l’année dernière. Ne pas avoir pu participer, alors que c’était à 20 minutes de chez moi, c’était terrible. Après, sportivement il n’y avait aucun souci : on avait des qualifications, je n’ai pas réussi à les passer. Il y a une grosse équipe de France, je préfère que ça se passe comme ça et le principal c’était qu’il y ait des beaux Championnats en France ! »

Vous avez mis un terme à votre carrière l’année dernière. Comment se passe votre reconversion ? Quels sont vos projets ?

« Ca se passe plutôt bien. Je suis passé carrément de l’autre côté : maintenant je suis entraîneur d’un petit groupe de Haute Tarentaise avec des jeunes qui courent en FIS. Ce sont des juniors, il y a trois filles et quatre garçons et ça m’a pris beaucoup de temps. Je me suis beaucoup investi pour eux et j’essaie vraiment de faire le maximum pour que ça se passe au mieux. C’était aussi un souhait après ma carrière d’apporter un peu de mon expérience aux jeunes, de faire passer un petit message et de leur apporter quelque chose, en tout cas d’essayer de faire du mieux possible. Quant à mon projet d’hôtel sur la Rosière, il prend forme aussi. Il y a le permis de déposé donc j’attends un peu des nouvelles, et j’espère que les travaux commenceront au mois de mai. »

Pour finir, avez-vous envie de vous engager pour défendre la candidature d’Annecy aux JO ? Si oui, dans quelle mesure ?

« Oui, bien sûr. Je ne fais pas spécialement partie du bureau qui s’occupe des Jeux mais en tout cas oui, bien sûr, si je peux m’investir et soutenir la candidature et la ville d’Annecy, il n’y a pas de soucis : je suis totalement partant. »

Merci beaucoup Joël d’avoir pris le temps de répondre à ces questions !

La carrière de Joël Chenal en quelques lignes :

Spécialiste du slalom géant, Joël Chenal participe à ses premiers Jeux Olympiques en 1998 à Nagano, où il termine 8e du slalom. Deux ans plus tard, il remporte le slalom géant de Coupe du monde d’Alta Badia. En 2002, lors des JO de Salt Lake City, il finit 21e.

C’est lors des Jeux Olympiques de Turin, en 2006, que Joël Chenal atteint le sommet de sa carrière, devenant vice Champion olympique de slalom géant, à 7 centièmes seulement du vainqueur Benjamin Raich.

A la fin de la saison 2008/2009, il décide d’arrêter sa carrière. Désormais, il entraîne des jeunes et a pour projet d’ouvrir un hôtel dans sa station, à la Rosière.