Interview de Roddy Darragon

(ski de fond)

La semaine dernière avait lieu la présentation de l’équipe de France Olympique pour les JO de Sotchi. A cette occasion, nous avons pu rencontrer Roddy Darragon, médaillé d’argent en sprint libre lors des Jeux Olympiques de Turin en 2006. Il est actuellement l’unique Français médaillé Olympique en ski de fond.

Roddy, ta carrière est marquée par la médaille d’argent que tu as décrochée en 2006 aux Jeux Olympiques de Turin en sprint libre. A l’époque, cette médaille était-elle une surprise pour toi ou bien un objectif clair en arrivant aux JO ?

C’était plutôt une surprise. Je n’arrivais pas franchement comme un candidat à la médaille. J’avais quand même réalisé quelques bonnes courses auparavant avec quelques top 10. J’y allais pour faire un grosse course et terminer dans les 10 premiers. Le sprint, un peu comme en skicross, est assez aléatoire et les portes peuvent s’ouvrir assez vite. C’est passé pour moi ce jour-là. J’avais une super forme et une super glisse. Tout allait bien. Au final, ça a été une super journée !

Il s’agit de la seule médaille remportée à l’heure actuelle par le ski de fond français dans l’histoire des Jeux Olympiques. As-tu réalisé de suite l’importance de la performance que tu avais réalisée ?

Non, pas vraiment. A vrai dire, j’aurais préféré qu’il y ait d’autres sportifs avant moi ou même maintenant qui remportent aussi des médailles. On ne me le répète pas souvent et je ne sais pas si c’est quelque chose qui va vraiment rentrer dans les annales. Ça fait plaisir, mais ce n’est pas quelque chose qui m’importe énormément.

A part un podium en Coupe du monde à Munich en décembre 2006, tu n’as pour l’instant pas réussi à rééditer ta performance des JO de Turin. Quelles en sont les raisons selon toi ?

Je pense que j’ai eu du mal à digérer la médaille. Ça m’a fait perdre du temps. Les règles du sprint changent aussi petit à petit. Les sprints se rallongent et on est maintenant six par poule. C’est plus dur. Il y a plus de densité et le niveau est très élevé. Je suis peut-être aussi un petit peu moins bon. Je ne sais pas exactement, mais en tout cas il y a meilleur que moi !

En 2010, tu as été sélectionné de justesse pour les Jeux Olympiques de Vancouver, où tu as été éliminé en qualifications du sprint classique. On imagine que cela a été dur à vivre pour toi qui avais été médaillé quatre ans plus tôt ?

Oui. Ce qui a surtout été dur, c’est que j’en ai trop fait pour les JO et que j’ai eu un gros coup de barre vers octobre/novembre à cause du surentraînement. La déception n’était donc pas le jour de Vancouver mais plutôt avant car j’étais en super forme en 2009/2010. C’était vraiment un de mes meilleurs hivers. Finalement, j’ai un peu chuté au niveau de ma forme. Après cette grosse déception, j’ai pris les JO comme ils sont venus !

L’épreuve de sprint libre est de retour au programme Olympique pour les Jeux de Sotchi de février prochain. Cela te donne-t-il une motivation supplémentaire ?

Oui, forcément, parce que je suis beaucoup plus à l’aise en skating qu’en classique. C’est quand même dommage d’attendre huit ans pour revivre ça, mais je suis en effet très content que l’épreuve soit au programme. Cependant, comme je l’ai dit, les règles ont changé : le sprint sera deux fois plus long qu’à Turin. Ce sera dur et il faudra avoir des grosses qualités d’endurance. Ce sont des qualités que j’ai du mal à avoir et à développer mais je vais m’entraîner pour. On verra bien ! Mais je suis bien content qu’il s’agisse du skating car j’y suis bien plus à l’aise.

Tu as pu participer aux Coupes du monde préolympiques de Sotchi. Est-ce une piste qui te convient ?

Ce n’est pas vraiment une piste qui me convient. Mais il y a des types de neige qui peuvent très bien nous convenir à nous Français. Lorsque je suis allé là-bas, j’étais papa depuis trois semaines donc j’avoue que ça a été un peu dur. Je n’étais pas du tout en forme et je n’ai pas fait une bonne course. Mais on va faire avec cette année. Il y a eu des pistes qui ne me convenaient pas et sur lesquelles j’étais pourtant bon, donc je ne vais donc pas m’arrêter à ça. Mon enfant a un an, ça va mieux, j’ai digéré et ça ira !

Tu es sur le circuit depuis dix ans, puisque tu as disputé ta première Coupe du monde en janvier 2004. Les Jeux Olympiques de Sotchi sont-ils ton dernier objectif sportif ou bien tu penses continuer ta carrière au-delà ?

J’aimerais encore effectuer une ou deux saisons derrière. C’est sûr que c’est un des derniers gros objectifs. Mais je me fais plaisir et je n’ai pas envie d’arrêter à la fin de l’hiver. Ce qui se passe aussi, c’est qu’on manque de densité sur le sprint en France. Personne ne nous pousse vraiment dehors. Du coup, on prend plaisir à ce qu’on fait, on a une bonne équipe et une bonne ambiance, et on a envie de rester. Je pense donc que je n’arrêterai pas à la fin de l’hiver, mais la fin est plus proche que le début !

Quels sont tes objectifs pour cette nouvelle saison ?

On va avoir quatre ou cinq Coupes du monde avant les Jeux. L’objectif est forcément de faire des gros trucs : être dans les 10 premiers et essayer d’être fort. Pour les Jeux, il s’agit d’arriver en forme et de prendre ça un petit peu comme il y a huit ans : sans trop de pression.

Merci beaucoup Roddy et bonne chance pour cette nouvelle saison !

La carrière de Roddy Darragon en quelques lignes :

Spécialiste du sprint, Roddy Darragon participe à sa première épreuve de Coupe du monde en janvier 2004. Il est sélectionné pour les Jeux Olympiques de Turin en 2006 et y décroche la médaille d’argent en sprint libre. Il devient ainsi le premier Français médaillé Olympique en ski de fond.

En décembre 2006, il monte sur le podium de l’épreuve de Coupe du monde de Munich, terminant 3e. Il participe aux Championnats du monde en 2005, 2007 et 2009.

En 2010, il parvient à se qualifier de justesse pour les Jeux Olympiques de Vancouver. Le sprint libre n’étant pas au programme, il concourt en sprint classique mais est éliminé en qualifications. Aujourd’hui âgé de 30 ans, Roddy Darragon vise les Jeux Olympiques de Sotchi qui auront lieu en février prochain.

Pour en savoir plus sur Roddy, visitez son site officiel : roddydarragon.com