Sylvain Guillaume a marquĂ© le combinĂ© nordique français. MĂ©daillĂ© d’argent en individuel aux Jeux Olympiques d’Albertville 1992 et de bronze par Ă©quipe aux Jeux Olympiques de Nagano 1998, il compte aussi une mĂ©daille de bronze aux Championnats du monde 1995. Entretien.

Sylvain, vous avez participé à vos premiers Jeux Olympiques en 1992 à Albertville et votre discipline, le combiné nordique, était alors peu connue en France. Quels étaient votre état d’esprit et vos objectifs au moment de commencer ces Jeux ?
Le combiné nordique est l’une des disciplines les plus anciennes du ski : il était déjà présent aux Jeux Olympiques de 1924. L’équipe de France a été montée en 1985-1986. En 1992, Fabrice Guy était en tête du classement de la Coupe du monde et le combiné a commencé à être un peu plus connu.
Il fallait déjà obtenir sa sélection pour ces Jeux d’Albertville. L’équipe de France était assez forte et avait remporté une médaille aux Championnats du monde l’année précédente. Or, il n’y avait que quatre places pour les JO. Au début, je n’ai pas été sélectionné. J’ai même décidé d’arrêter le combiné nordique. Mais on m’a demandé de revenir faire une sélection et j’ai terminé deuxième derrière Fabrice Guy. J’ai ainsi obtenu ma place aux Jeux. Je parlais très peu à mes entraîneurs car on s’était un peu fâché. J’étais assez remonté et je n’avais qu’un objectif aux Jeux : remporter une médaille. C’était le gros objectif de ma carrière.
Vous avez remporté la médaille d’argent du combiné nordique de ces Jeux Olympiques d’Albertville en individuel, derrière Fabrice Guy. Pouvez-vous nous raconter comment vous avez vécu cette course de l’intérieur ?
J’ai pas mal sauté. J’ai réalisé la treizième performance en saut, ce qui m’a fait partir à 2 minutes 40 secondes de la tête. La course de fond de 15 km se déroulait sur une piste extrêmement dure. Le jour de la course, il faisait très chaud et les conditions étaient difficiles. J’étais plutôt bon fondeur et la rage de vouloir bien faire m’a aidé. J’avais prévu de réaliser des descentes très engagées et j’avais envisagé de prendre le risque de tomber, ce qui est arrivé deux fois. Mais cela m’a permis de revenir devant. La délivrance est arrivée quand je suis passé à la deuxième place. C’était extraordinaire de réaliser le doublé avec Fabrice. On se connaissait depuis l’âge de six ans et on habitait à 10 kilomètres l’un de l’autre. Les habitants de nos villages étaient présents pour nous supporter. C’était grandiose !
« J’avais envisagé de prendre le risque de tomber, ce qui est arrivé deux fois »
Quelques jours après ce doublé français, l’équipe de France a terminé quatrième par équipes. Avec le recul, comment expliquez-vous ce résultat ?
Je pense qu’il y a eu une erreur dans le choix de l’ordre du relais pour le ski de fond. Francis Repellin est parti en premier. Il avait été choisi parmi les trois relayeurs car c’était un très bon sauteur et fondeur, mais il avait terminé 21e de l’individuel et un autre Français s’était lui classé 13e. Le fait d’avoir été sélectionné pour le relais malgré son moins bon classement et d’être parti en premier lui a mis énormément de pression. J’aurais dû partir en premier, Francis en deuxième et Fabrice en troisième. Cela lui aurait enlevé un poids. Les années suivantes, on n’a jamais refait la même erreur. On a ensuite toujours encadré le plus faible dans l’ordre des relais.
Et puis, les autres ont été meilleurs que nous ! Fabrice et moi avons un peu moins bien sauté. La piste était beaucoup moins difficile car la neige était très dure. On a terminé quatrième à 15 secondes.
Les Jeux Olympiques d’Albertville ont eu lieu devant le public français. Quels souvenirs en gardez-vous ?
Mon plus beau souvenir est la cérémonie d’ouverture ! C’était grandiose et moderne. Je pense que c’était l’une des plus belles cérémonies d’ouverture, Jeux d’hiver et Jeux d’été confondus. Entrer en dernier dans le stade plein était fort. La cérémonie a duré plus de deux heures mais c’était tellement magnifique que j’ai eu l’impression que cela avait duré 20 minutes.
Les autres médailles restent aussi de grands souvenirs : les Duchesnay, les filles du biathlon, Florence Masnada, Edgar Grospiron, Olivier Allamand, Franck Piccard et Carole Merle !

Comment avez-vous vécu la période d’après-médaille Olympique et les sollicitations ?
Après la course, on a bu du champagne avec la ministre des Sports. On devait ensuite aller à la cérémonie de remise des médailles. Des gardes du corps sont venus et nous ont demandé de descendre de la voiture sans nous arrêter. Les gens tapaient aux vitres et hurlaient nos noms ! On se demandait ce qui nous arrivait. C’était incroyable !
On est devenus des petites stars. J’habitais encore chez mes parents et des gens venaient avec leurs enfants sonner à ma porte à 9 h du matin. Ils me filmaient quand j’ouvrais et pendant que je signais des autographes aux enfants. Quand je faisais du ski à roulettes, des personnes me suivaient en voiture pour que je leur fasse des dédicaces quand je m’arrêtais !
Ce n’était pas désagréable, mais c’était surprenant. Je considérais qu’on faisait notre sport, qu’on avait certes remporté une médaille, mais qu’on n’avait rien de plus que les autres.
Lors des Jeux Olympiques de Lillehammer 1994, vous avez terminé neuvième de l’individuel et sixième par équipes. Quel regard portiez-vous sur ces performances à l’époque ?
Après 1992, notre sport a évolué en ski de fond et on est passé du style classique au style skating. Je n’aimais pas le skating et j’ai eu du mal à m’y faire. J’ai terminé très loin aux Championnats du monde 1993. J’ai ainsi perdu une année mais j’ai continué à travailler. Aux Jeux de Lillehammer, j’ai terminé neuvième, à seulement 40 secondes de la médaille. Il m’a manqué 1,5 mètre en saut pour pouvoir monter sur le podium. C’étaient quand même de beaux Jeux pour moi.
« Le vent a changé pendant deux minutes et je n’avais du coup plus aucune chance d’être devant »
Vous avez de nouveau terminé neuvième de l’individuel des Jeux Olympiques de Nagano 1998. Etiez-vous satisfait de ce nouveau top 10 ?
J’étais en grande forme à ce moment-là . J’étais toujours devant aux entraînements de saut. Après le premier saut de l’épreuve, j’étais classé douzième. Mais lorsque je suis monté pour mon deuxième saut, les girouettes ont changé de sens : le vent était devenu arrière, ce qui pénalise le sauteur. Or, à cette époque, il n’y avait pas encore de compensation pour les conditions de vent. Et juste après moi, le vent est repassé de face ! Ça m’a fait reculer au classement.
Je m’étais préparé pendant quatre ans. J’étais en forme. Mais le vent a changé pendant deux minutes et je n’avais du coup plus aucune chance d’être devant. C’était difficile. Je me rappelle avoir déclaré à un journaliste juste après mon saut : « si un de mes enfants veut faire du saut à ski, je lui mets une tarte et je lui dis de changer d’idée ».

Vous avez ensuite remporté la médaille de bronze par équipes lors de ces Jeux Olympiques de Nagano. Gagner une médaille Olympique avec l’équipe de France a-t-il eu une saveur particulière ?
L’épreuve par Ă©quipes avait lieu après et Ă©tait pour moi une revanche de l’individuel. J’ai très bien sautĂ© et on a Ă©tĂ© bons en ski de fond. On a mĂŞme Ă©tĂ© deuxièmes Ă un moment donnĂ©. Remporter cette mĂ©daille Ă©tait grandiose. Il s’agissait d’ailleurs de la seule mĂ©daille du nordique français lors de ces Jeux. Elle avait une saveur un peu diffĂ©rente car on Ă©tait deux anciens, Fabrice et moi, et deux jeunes, Nicolas Bal et Ludovic Roux. C’était une belle histoire car Ludovic Roux avait commencĂ© le combinĂ© nordique en 1992 après nous avoir vus aux JO ! Fabrice trouve la mĂ©daille par Ă©quipes de 1998 plus belle que celle de 1992. HonnĂŞtement, je prĂ©fère quand mĂŞme celle de l’Ă©preuve individuelle de 1992 car il a fallu que j’aille la chercher.
Vous avez arrêté votre carrière en 2002. Comment s’est passée votre reconversion et que devenez-vous aujourd’hui ?
Mon objectif était de redonner à la Fédération et au sport de haut-niveau ce que j’avais appris pendant plus de 18 ans. J’étais très intéressé par la préparation physique. Je discutais beaucoup de ce thème avec mon entraîneur Éric Lazzaroni. Quand j’ai arrêté, je me suis tourné vers le Ministère des Sports et vers la Fédération, mais je n’ai rien eu du tout. On ne m’a pas aidé pour ma reconversion et pour revenir dans le milieu.
Je me suis alors débrouillé par moi-même : j’ai passé avec succès le concours de la Douane et j’y suis entré. Mais ce n’était pas le métier que je voulais faire au départ.
Je travaille toujours à la Douane, en tant que motocycliste. Je suis au Comité directeur de la Fédération depuis 2002. Comme un de mes fils fait du saut, je suis aussi au Comité du Jura. J’y aide à l’entraînement de temps en temps. Je suis donc toujours dans le milieu !
Merci beaucoup Sylvain pour cette interview et bonne continuation !
Crédits photo 2 : Wayne77
La carrière de Sylvain Guillaume en quelques lignes :
Sylvain Guillaume participe à ses premiers Championnats du monde en 1989 (12e en individuel). Lors des Jeux Olympiques d’Albertville 1992, il remporte la médaille d’argent en individuel et termine 4e par équipe avec la France. Il monte sur son premier podium de Coupe du monde en 1992.
Lors des Jeux Olympiques de Lillehammer 1994, il se classe 9e en individuel et 6e par équipe. Il obtient la médaille de bronze de l’individuel aux Championnats du monde de Thunder Bay en 1995. L’année suivante, il remporte l’épreuve de Coupe du monde de Liberec et monte sur un autre podium. Il signe deux podiums de Coupe du monde en 1998.
Lors des Jeux Olympiques de Nagano 1998, il remporte la médaille de bronze par équipe et termine 9e en individuel. Il met un terme à sa carrière en 2002. Aujourd’hui âgé de 57 ans, Sylvain Guillaume est douanier.
Participations aux Jeux Olympiques d’Albertville 1992, Lillehammer 1994 et Nagano 1998
Médaillé d’argent aux Jeux Olympiques d’Albertville 1992 (combiné nordique individuel)
Médaillé de bronze aux Jeux Olympiques de Nagano 1998 (combiné nordique par équipe)





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